Se préparer à Noël avec… Aristote

Se préparer à Noël avec… Aristote

Un texte de Jean-Philippe Murray

Alors que nous décorons nos maisons et préparons de savoureux biscuits, se pourrait-il que la véritable signification de Noël nous échappe ? Afin de reconstituer le sens de cette fête, on peut se tourner vers Aristote, espérant que ce païen puisse nous aider à y porter un regard neuf.

Que fêtons-nous de si important à Noël ? Que célébrons-nous réellement ? En soulignant chaque année cette fête, nous sommes conduits à la banaliser, un peu comme une belle chanson qu’on fait jouer en boucle ou une bonne recette qu’on cuisine sans cesse. La routine nous en fait perdre de vue le sens et le mystère qu’elle contient. 

Cependant, ce temps de pandémie vient bousculer nos routines et nos habitudes. Ainsi, alors que nous marchons vers un Noël qui s’annonce inhabituel, c’est le temps favorable pour s’y préparer de manière inhabituelle. Non pas seulement au moyen de belles décorations et de jolies chansons, mais en méditant sur ce que nous allons célébrer. 

Ne restons pas à la surface, mais répondons à l’invitation que Jésus lui-même nous lance : « avance en eau profonde. » (Lc 5, 4) Pourquoi ne pas donc nous tourner vers Aristote ? Regardons ce que ce païen nous dit sur l’amitié et comment cela peut nous aider à mieux comprendre la fête de Noël. Peut-être que cet homme qui n’a jamais connu cette fête nous aidera à y porter un regard neuf !

Trouble-fête

À priori, ce penseur grec semble gâcher la fête à l’avance. 

En effet, il nous dit qu’on ne peut pas être ami avec Dieu, qu’« il n’y a plus d’amitié possible » avec ce dernier. Comme le remarque bien Aristote, pour qu’il y ait amitié, « il faut qu’il y ait une bienveillance mutuelle, chacun souhaitant le bien de l’autre ; que cette bienveillance ne reste pas ignorée des intéressés ». 

Autrement dit, l’amitié n’est pas un amour quelconque, mais c’est un amour dans lequel on veut du bien à l’autre, qui est réciproque et qui est connu des personnes qui s’aiment. 

Il précise également une condition nécessaire qui est au fondement d’une telle relation : une mise en commun, une certaine communication. L’amitié se fonde sur une certaine communion entre les amis, car s’il n’y a aucun lien entre deux personnes ou si ce lien est trop faible, ils ne peuvent pas être amis. 

Par son esprit, l’homme peut connaitre Dieu et il peut désirer vivre en compagnie de celui qui est le bien infini. Cependant, toujours avec son esprit, l’homme voit aussi qu’il ne saurait parcourir la distance infinie qui le sépare d’un tel bonheur.

Ainsi, on voit mieux pourquoi Aristote affirme qu’il n’y a pas d’amitié possible entre Dieu et les hommes. En effet, puisque nous ne partageons pas la vie divine, nous n’avons pas vraiment de communion, de commerce avec lui. 

Certes, par son esprit, l’homme peut connaitre Dieu et il peut désirer vivre en compagnie de celui qui est le bien infini. Cependant, toujours avec son esprit, l’homme voit aussi qu’il ne saurait parcourir la distance infinie qui le sépare d’un tel bonheur. 

À celui qui voudrait se proclamer l’ami de Dieu, Aristote dirait probablement : « meilleure chance la prochaine fois ! »

Un éclairage terne ?

L’homme en est donc réduit à tendre pauvrement vers Dieu, un peu comme l’homme qui voudrait toucher le Ciel en empilant ses palettes de bois : « l’homme doit, dans la mesure du possible, s’immortaliser, et tout faire pour vivre selon la partie la plus noble qui est en lui […]. »

Vous me direz peut-être : « en quoi tout cela nous éclaire-t-il sur Noël ? » Ces réflexions semblent surtout nous donner des lumières assez tristes et démoralisantes, tels les néons d’une vieille salle paroissiale. Doit-on conclure qu’Aristote n’aurait pas aimé Noël ? 

Une amitié surnaturelle

En fait, nous n’avons vu que l’envers de la médaille.

En nous montrant que l’homme doit tendre vers Dieu, mais qu’il n’est pas naturellement son ami, Aristote nous aide à mieux apprécier le don surnaturel que Dieu nous fait à Noël lorsqu’il s’est fait homme. On apprécie davantage le cadeau qui nous est fait lorsqu’on ne peut pas se le procurer soi-même. 

En s’incarnant, Dieu est venu parcourir cet abime qui nous séparait de lui ; il vient partager notre vie pour que nous puissions partager la sienne et devenir ses amis. Puisque nous ne pouvions monter par nous-mêmes au Ciel, c’est Dieu qui en est descendu. 

Alors qu’il n’y avait aucune vie commune et donc aucune amitié entre nous et Dieu ; alors qu’on pouvait à peine rêver à une telle relation, Dieu lui-même nous a visités. 

Ainsi, nous pesons mieux le don immense qui nous est fait en Jésus-Christ, lui qui est l’Emmanuel, c’est-à-dire « Dieu avec nous » (Mt 1, 23).

Vous avez de la difficulté à vous émerveiller et à entrer dans cette grande fête qui approche, à vous préparer en ces temps de pandémie ? Suivez les pas d’Aristote ! Avec lui, n’oublions pas que l’amitié se nourrit par la vie commune. 

Pour accueillir Dieu qui vient nous visiter à Noël, prenons des temps fréquents pour le rencontrer dans cette rencontre intime et amicale qu’est la prière. Aidés par lui, mesurons mieux ce don immense que Dieu nous fait en se faisant homme et accueillons cette amitié avec un cœur de pauvre, pétri d’humilité et d’ardents désirs.


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